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Bergame, ville dell' arte



 

 

 

ARTICLE PARU DANS ULYSSE

Arlequin y est né au XVIe siècle, diffusant en Italie et par-delà les frontières l'image d'une petite ville de province étriquée. Pourtant Bergame recèle des trésors qui ont inspiré maints artistes, de la Renaissance à la naissance du bel canto.

"Il y a un élément bergamasque dans Shakespeare et dans Mozart, dans Watteau et dans Marivaux, dans Sterne et dans Heine, dans Musset et dans Verlaine. Il suffit de se promener peu de temps dans Bergame pour admettre qu'Arlequin et ses complices la hantent encore".

Cette citation du début du XXe siècle de l'écrivain Jean-Louis Vaudoyer plante le décor de cette ville de légende, berceau de la comédie et de l'opéra italiens, qui fut du quattrocento à la fin du XIXe siècle la muse protectrice de toute une gamme de créateurs.

Pourtant, depuis le XXe siècle, où les Bergamasques se sont lancés avec succès dans l'ère industrielle, les Italiens boudent cette belle cité médiévale. Ses habitants passent depuis la Renaissance pour d'éternels nouveaux riches, obtus et rusés comme Arlequin, aux goûts esthétiques excessifs, piétinant les fondements sacrés de l'harmonie musicale italienne : "Molto, piu, ma non troppo"...

Réalité ou jalousie? Il reste que cette ville négligée à tort par les touristes est, une fois franchie sa ceinture d'usines, l'une des plus surprenantes de Lombardie. La vieille forteresse entièrement préservée mérite une visite de quelques jours, le temps d'écumer les cimes et les vallées avoisinantes, comme le Val Seriana, dont les villages recèlent de remarquables fresques Renaissance et baroques.

Enserrée dans ses remparts vénitiens, Bergame prend le soir des airs de décor d'opéra romantique. Pas étonnant que l'un des pères du bel canto, Gaetano Donizetti (1797-1848), ait batifolé dans ses ruelles avant d'acquérir la gloire à la Scala avec un autre Lombard, Giuseppe Verdi.

La place principale, la Piazza Vecchia, que Le Corbusier admirait pour ses proportions, pourrait abriter un combat entre Capulet et Montaigu. Quand on arrive par le funiculaire sur l'éperon rocheux où elle se dresse face aux cimes enneigées des Alpes, Bergame dégage une atmosphère intemporelle par le délicieux mélange de ses églises Renaissance et de ses palais vénitiens décatis.

Convoitée et envahie à plusieurs reprises par les Français, les Autrichiens ou les Russes, cette porte stratégique des vallées transalpines a su mêler toutes ces influences avec harmonie. On est ici en Italie, mais dans une Italie aux parfums d'ailleurs, avec un mélange d'art de vivre latin et de rigueur germanique.

Vexés par les boutades, les Bergamasques ont adopté la maxime des Lyonnais : "Vivons heureux, vivons cachés"… Les prospectus touristiques, ici, ne sont pas légion. Pas question de vanter à cor et à cri les charmes de la basilique Santa Maria Maggiore, célèbre pour sa remarquable façade de marbres polychromes, ses lumineuses stalles marquetées dessinées par Lotto ou la chapelle exubérante du vaniteux condottiere Colleoni, l'un des chefs d'œuvre de l'art lombard, un peu surchargé certes, et dont s'inspirent en partie les moqueries des Italiens.

On aurait aussi tort d'oublier que le peintre Lorenzo Lotto (1480-1556) y connut à partir de 1513 sa période la plus prolifique, décorant les plus belles églises de la ville, tout en répondant aux commandes des riches notables, dont les portraits sont désormais conservés dans l'académie du comte Carrara, le Médicis de Bergame.

Ce musée est désormais l'un des plus importants d'Italie pour ses collections Renaissance, abritant des chefs d'œuvres comme le Saint-Sébastien de Raphaël, le Leonello d'Este de Pisanello, la Vierge à l'Enfant de Bellini ou le Portrait de Lucina Brembate de Lorenzo Lotto.

Etriquée, Bergame? Reste que la naissance de la commedia dell'arte, qui fut à l'origine du réveil de tout le théâtre occidental et dont se nourrit Molière, eut lieu ici. D'ailleurs, une légende veut que les premières représentations d'Arlequin aient eu lieu sur de modestes tréteaux, piazza Vecchia de Bergame, à deux pas de la religieuse Piazza Duomo et de sa basilique, où étaient données des extraits de la Légende dorée, seul théâtre autorisé au Moyen Age. Les villageois auraient servi de modèle, au grand dam de la ville. Légende? Pas si sûr. Aller à Bergame, c'est tout un cinéma.

DE NOTRE ENVOYE SPECIAL JEAN-LUC DELBLAT

Piazza Duomo, avec le dôme et la basilique Santa Maria Maggiore.
Piazza Viecchia, avec sa fontaine et le Palazzo della Regione.
Galleria dell'Accademia Carrara. Ouvert TLJ sauf mardi et JF (10h-13h et 15h-18h).
Musée Donizetti. Ouvert du mardi au samedi (9h-12h et 14h-17h), dimanches et JF (10h-12h et 14h-16h).
 

 

 
   
 
 
 
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